La ferme ostréicole
Tous les fruits de mer sur un plateau. La mer
qui entoure la Bretagne regorge de coquillages et de crustacés.
Au centre de tout plateau qui se respecte, l'huître creuse ou
plate.
La nuée d'orage vient de passer sur l'estuaire du Bélon. Le soleil éclabousse
de nouveau les coques blanches des petits bateaux de pêche qui dansent
sur la ria. Sous l'eau, on devine les alignements sombres des parcs à huîtres.
Nous sommes dans l'un des hauts lieux de l'ostréiculture bretonne. Même
si elle a essaimé vers le Golfe du Morbihan, c'est ici, dans le sud du
Finistère, qu'est née, dans la deuxième moitié du
19e siècle, la plate de Bélon, toute ronde, à la chair beige
et au léger goût de noisette.
Plus fragile et plus longue à élever que l'huître creuse,
la Bélon, également plus chère, se fait discrète
sur les marchés. Dans les parcs à huîtres bretons, la plate
du pays a cédé sa place à la creuse venue de l'étranger.
Plus robuste et plus charnue, c'est une huître d'origine japonaise que
l'on retrouve aujourd'hui chez la plupart des ostréiculteurs.
Nées en Charente-Maritime, la petite huître - on dit
le naissain - vient grossir et s'affiner dans les eaux des côtes
bretonnes. De Cancale à Pénestin,
selon qu'elle est élevée en pleine mer ou à l'embouchure
des rivières, elle est plus salée ou plus douce. Par
habitude, on la déguste plutôt en hiver et à l'occasion
des fêtes
de fin d'année. "Mais elles sont aussi excellentes à la
belle saison. Lorsque l'eau est plus froide, ce qui est le cas souvent
en Bretagne, et notamment ici dans le Bélon, l'huître
ne se reproduit pas. Elle ne fabrique donc pas de laitance. En été,
elle est tout juste un peu plus grasse qu'en hiver", explique,
dans un sourire, Sylviane Noblet. Ostréicultrice et restauratrice,
elle a fait de Chez Jacky, à Riec
sur Bélon, un établissement renommé. Coquillage
et crustacés
de première fraîcheur vous attendent dans les viviers.
Avec l'araignée
de mer ou le tourteau, les crevettes - roses ou grises - et les langoustines,
l'huître constitue l'un des produits incontournables de l'authentique
plateau de fruits de mer frais breton. Mais le plateau doit offrir
aussi une deuxième
catégorie de produits. Vous devez pouvoir déguster, selon
arrivage, une palette d'au moins trois coquillages: des bulots et des
bigorneaux (qu'on a laissé refroidir doucement dans le court
bouillon de cuisson), des palourdes, des praires, des clams, des moules,
des coques ou des amandes. Accompagné de
pain de seigle, de beurre au sel de Guérande et d'une mayonnaise
maison, le tout arrosé d'un muscadet ou d'un vin d'Alsace, le
plateau de fruits de mer restera l'un des souvenirs les plus iodés
de vos vacances.
Philippe GAILLARD
OUEST FRANCE
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